Il nous demande de tenir un journal.
Après chaque jeudi pour le cours suivant.
Ce n’est pas très long.
Juste le temps de penser à quelque chose.
Réflexion suite au 14 novembre – Cours #6
Nous sommes mercredi. Pas tout à fait une semaine plus tard, et pourtant il s’est écoulé des mois pour moi, on dirait. Il s’est passé tant de choses depuis Jon. Par exemple, j’ai vingt-neuf ans. Jeudi passé, à l’oral, j’avais une année de moins. Depuis, il s’est passé beaucoup de choses, beaucoup de silences. Des beaux et des arides. Des silences torturants.
Je n’ai pas cette relation paisible au silence que décrit Jon.
Des fois, au contraire, je dirais que le silence est une lame.
Quand je l’écoute avec son silence comme un endroit plein, je pense au fleuve. Je pense au large. Je pense à l’eau qui percute les rochers de la rive. Au son de la force, de l’immense. Du courant. Je pense au silence enfin qui me laisse apprécier le son de l’eau.
Je ne pense pas à la ville. Je pense à l’inoccupé.
pensée coloniale : la terre sans présence humaine est vide
je la reconnais en moi
dans ma langue dans ma chair
Je pense aux espaces que l’humain n’habite pas (pas encore.) Débordant d’espèces, d’essences d’arbre, de plantes, de bibittes, d’insectes, de moisissures, de champignons, de spores, de microbes, de vie. Et quand je pense à ça, quand je pense à toute la vie qui n’est pas nous, je respire mieux. Si l’on se crisse en feu, si l’on s’entretue, si l’humain/si l’humaine dépasse la ligne, la décimation sera positive.
Du feu de forêt de l’homme régénéreront les terres. Les eaux. Les ciels.
Je ne pense pas à la ville. Je ne pense pas au centre-ville de cette ville. Je pense à la rive et aux herbes des berges du Saint-Laurent. Je pense à tout ce qui vit et habite là. Ici. Partout. Je pense aux aboiteaux de Saint-André-de-Kamouraska. Je pense au décor. Je pense au Phare. Penses-tu que Jon Fosse aimerait le Petit Phare de Saint-André-de-Kamouraska?
(Je te laisse le lien Maps, y a beaucoup de belles photos. C’est assez bucolique merci! https://maps.app.goo.gl/u7t5derqayeUSfpNA)
C’est une des places les plus paisibles où j’ai pu m’asseoir dans ma vie.
Aujourd’hui, j’y retournerais. Je driverais les quatre-cinq heures qui nous séparent juste pour m’asseoir tranquille au bout du chemin, dans le silence. Pas de moteur. Pas de sirènes. Pas de vibrations mécaniques. Juste du silence.
Aujourd’hui, je m’habillerais chaudement. (C’était l’hiver quand j’y étais. Décembre 2020.) Pantalon de neige, tuque, foulard. Emmitouflée pour la gloire et la grâce. J’ouvrirais la porte du Manoir, je traverserais le village. Heureuse de prendre une belle marche à l’air frais. J’arriverais. Je dézipperais mon manteau pis là, assise, à l’abri dans le Phare, je regarderais le Saint-Laurent veiller sur nous autres. Je le regarderais couler. Continuer sa job de fleuve en me disant câline, ça doit pas être reposant tous les jours comme métier : fleuve.

As-tu envie de me répondre?