Mon pays n’est pas un pays. C’est un terrain de golf.

C’est la Saint-Jean-Baptiste aujourd’hui. Saint-Jean aka la fête nationale du Québec aka notre grande buverie collective aka Charlebois sur les plaines tabarnak!!!!! aka une ode à l’ignorance. Cette année encore, il pleut dehors. Ça m’est égal. C’est une journée que je passe emmitouflée à l’intérieur depuis plusieurs années déjà. J’attends au sec que la furie nationale éclaboussent tous les parcs publics l’instant d’une soirée, sans jamais laisser derrière de réelle vie communautaire ni commerces de proximité ni assemblées de ruelle ni même de groupes Facebook militants-nationalistes-pseudo-intersectionnels.

Mon Québec est une Coors light tiède vendue dans une verre en plastique numéro six, le double de son prix à l’épicerie.

Je sais qu’on est une coupe à gérer la honte. It ok to be ashamed, je pense. C’est normal d’avoir honte quand on apprend des choses honteuses. C’est le 24 juin. Je me lève tard. Hier soir, je me suis couchée à pas d’heure, trop hyperfocusée sur la création de ce site web-là pour remarquer le temps qui passe, comme si soudainement ma vie dépendait d’un site web que probablement personne va visiter, en tout cas.

Je me lève tard. Je me prépare ma première carafe de café (ma moyenne, c’est trois tasses par carafe) pis j’ouvre le site de l’Office national du film. J’ai enfin du temps pour faire quelque chose qui semble non essentiel dans un quotidien capitaliste de jeune paumée : m’informer.

Pis Jules m’a proposé un bon documentaire.
Pis le visionnement est gratuit.
Fait que j’ouvre le site de l’ONF.

Pour fêter le Québec, je révise l’histoire trouée qu’on m’a enseigné. Un récit qui manque drôlement de détails. Aujourd’hui, c’est un documentaire sur la résistance de Kanehsatake que j’écoute. Ça s’appelle Kanehsatake : 270 ans de résistance.

270 ans, c’est long.

La « crise d’Oka » comme on l’appelait par chez nous remonte à bien plus loin que ce qu’on m’avait laissé entendre. L’agrandissement du terrain de golf, c’est le dernier clou d’un cercueil déjà bien scellé. Et je suis témoin. Je vois les archives. Je vois ces québécoises pis ces québécois qui devaient avoir à peu près mon âge pitcher des roches sur des voitures qui évacuent le territoire de la réserve par peur d’une frappe de l’armée canadienne.

Pis je pense à Gaza.

Je revoie les vidéos violents de sionistes qui disent vermine en parlant de personnes, coquerelles en parlant d’un peuple qu’ils exterminent. Je revoie les frappes. Je revois aussi les reportages en 2009 sur le conflit israélo-palestinien. Je repense à ce poème de Rafeef Ziadah qu’un prof m’a fait découvrir y a quelques années. L’enregistrement est de 2011. Ça commence à dater. C’est le 24 juin et je pense à Gaza. À la résistance qui s’opère là-bas aussi depuis… bien plus que quelques mois même si on tente de nous faire avaler le contraire.. Le conflit de juillet 1990, il date pas de juillet 1990. Pis le génocide palestinien ne date pas du 7 octobre.

Ça fait longtemps qu’on nous apprend l’indifférence. Qu’on nous désensibilise. Qu’on nous cache cette honte qui nous appartient, celle qu’on doit regarder dans les yeux pour pouvoir la panser, celle qu’on doit reconnaitre pour en trouver la souche.

But I know very well que c’est pas de cette souche-là qu’ils se réclament fièrement entre deux tattoos temporaires de fleur de lys sur la bédaine.

Pendant ce temps sur Facebook, les gens disent que la diversité à tuer la Saint-Jean.

Oui, je trouve le Québec raciste. Je trouve que nos politiques et nos usages culturels sont racistes. Je trouve qu’ici, l’autre est un excellent martyre. Qu’ici, l’autre est un excellent coupable.

Pis y aurait lieu à une réflexion sincère et profonde sur notre tendance à l’unilinguisme radical de surface, zéro soutenue par une réelle valorisation du français. Quand est-ce que le western world va comprendre que notre victoire, c’est pas l’anéantissement de l’autre?

But, je suis pas mieux et je fuis encore les débats.

Il faut choisir ses combats qu’on m’a déjà dit. Je n’aime pas débattre. J’aime converser. J’aime échanger. Débattre me semble souvent une perte de temps. On ne m’écoute pas. On me traque. On m’analyse. On attend que je m’enfarge dans une note de bas de page. Devant les débatteux, je me préserve. Je suis peut-être juste pissou, who knows?

Ni eux, ni leur fête ne m’intéressent. Alors je reste chez moi. Et je m’arme de munitions, de statistiques et de citations. J’échange. J’apprends. Y a de honte à ne pas savoir. Faut bien commencer quelque part.

Bonne résistance.